Mon identité professionnelle

La communauté des conseillers pédagogiques de l’enseignement supérieur dans le monde francophone (et plus particulièrement en Belgique, en Suisse, au Québec et en France) est très soudée à mes yeux. Elle se retrouve tous les deux ans pour des moments d’échanges de pratique, de réflexions, de partage et de collaboration. Ce sont les BSQF. En dehors de ces moments bisannuels, les conseillers pédagogiques se rencontrent en plus petits groupes (groupes régionaux, groupes de travail ou de recherche). Dans cette communauté, les membres se reconnaissent par ce qu’on pourrait appeler un « genre professionnel ».

Le genre professionnel, selon Frédéric Yvon, « ce sont les manières de faire et de dire, les variantes opératoires, les manières de prendre les choses et les gens, un système souple de variantes. Il est lié à une situation, à un milieu de travail (« l’esprit des lieux »). Il est lié à un collectif donné. Il est inachevé. Il est donc impossible de faire une liste achevée des variantes. Il est sous-entendu, implicite. » (Yvon, 2010, p. 150 résumé par l’auteur lors des Journées PEnSERA 2015).

Ce qui fonde le genre, ce sont nos missions, nos actions, nos valeurs et notre rôle. Pour les premières, des référentiels de compétence ont été élaborés par diverses équipes. J’y consacre une page sur ce blog. Et puis, nous partageons des valeurs communes telles que la bienveillance, l’écoute, l’adaptation, le respect, la confidentialité. Ce sont ces valeurs qui guident nos actions. Cependant, chacun les interprète à sa façon, selon son cadre de référence et sa personnalité. C’est ce qui serait appelé « style professionnel » ou encore épistémologie personnelle. C’est notre façon, à chacun, de nous approprier un cadre commun et de l’interpréter.  Pour ce qui concerne le rôle, à mes yeux, il est fortement lié à la posture.

Je me dois donc de décrire ici mes interprétations du rôle, de la posture et des valeurs du conseiller pédagogique ainsi que mon cadre épistémologique.

Mon rôle et ma posture

En fait, se reconnaissent dans ce genre et sont reconnues comme membres de la communauté BSQF, des personnes qui ne sont pas toujours nommées « conseiller » ou « conseillère » pédagogique mais parfois « ingénieur », « collaborateur », etc. Le terme de « conseiller » moi-même ne me convient pas vraiment. Parce que je n’estime pas avoir à conseiller les enseignants et équipes que j’accompagne. Le terme anglo-saxon de « developer » me semble mieux correspondre à ce métier parce qu’il fait appel au développement professionnel des enseignants et équipes. Dans la conception que j’ai de ce métier, le but est de rendre autonomes les enseignants et équipes. Et si je voulais pousser ce but un peu plus loin, je dirais même que les enseignants et équipes autonomes pourraient en arriver à accompagner eux-mêmes leurs collègues. C’est par exemple le cas de certains enseignants-chercheurs qui sont devenus eux-mêmes conseillers pédagogiques.

Pour pouvoir accomplir ce rôle, la posture de l’accompagnant me semble convenir. C’est-à-dire s’adapter à la demande, analyser les besoins (diagnostiquer), accompagner la gestion et planification de projets, éclairer la pratique par des concepts théoriques, recueillir des données pratiques pour illustrer ou modifier la théorie, inciter à créer et innover pour que les solutions expérimentées soient conçues en fonction des problématiques soulevées, questionner et apprendre de l’autre.

Mes valeurs

Je partage les valeurs du genre professionnel que sont la bienveillance, l’écoute, l’adaptation, le respect, la confidentialité, le partage. C’est ainsi que j’essaie de pratiquer l’implication distanciée (Germain-Thiant, 2001), de créer un climat convivial où chacun se sent à l’aise de parler et d’agir en toute liberté, de rester neutre et respecter les orientations pédagogiques des enseignants, de reconnaître les compétences de chacun et les possibilité de s’améliorer (principe d’éducabilité), d’apprendre des autres dès que possible, d’échanger et partager autour des expériences et de leurs résultats, d’être honnête et authentique, d’agir en congruence avec ce que je préconise (principe d’isomorphisme).

Mon cadre conceptuel

Je me situe, comme la plupart de mes collègues je pense, dans le cadre théorique du constructivisme, dans le cadre pratique des pédagogies actives et de l’approche-programme. Il ne s’agit pas à mes yeux d’une simple prise de position, d’un avis ou d’une mode. Pour que les apprentissages aient du sens, il me semble opportun que les étudiants puissent leur donner du sens. Leur offrir cette opportunité, c’est notamment concevoir le savoir comme  interprétable par chacun, c’est-à-dire subjectif et construit plutôt qu’objectif et codifié de manière similaire pour tous. Si le savoir est construit et interprété par chacun, ce sont les pédagogies actives qui permettront aux étudiants de construire leur propre interprétation et le sens qu’ils donnent aux apprentissages. Pour définir quels apprentissages devraient être acquis, en gardant le sens de chacun de ces apprentissages, une vision globale de la formation et des compétences à acquérir me semble nécessaire. Cependant, je ne rejette pas entièrement le cadre positiviste et les pédagogies dites traditionnelles. L’automatisation de certaines procédures permet de dégager de l’espace dans la mémoire de travail et donc d’aborder des situations plus complexes. Il faut  parfois apprendre par coeur. Mais apprendre par coeur sans pouvoir retrouver le sens, sans comprendre les principes sous-jacents n’a guère de sens à mes yeux. Une compétence se base sur des ressources (savoirs et automatismes notamment), mais elle se distingue des savoirs et automatismes parce qu’elle a une finalité et prend tout son sens dans des situations complexes.

 

 

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